Le droit ou le devoir ?

 

Le traitement médiatique de la mort du Lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame me dérange.

Nous entendons unanimement l’utilisation du mot « héros » ainsi que l’ensemble de ses dérivés et superlatifs. Selon le dictionnaire Larousse, les héros sont des « Personnes qui se distinguent par leur bravoure.  » Dont acte.

Arnaud Beltrame a certainement eu le choix.

Le droit ou le devoir.

Le droit de ne pas y aller ou le devoir d’accomplir sa mission.

Il a choisi de respecter la devise du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale qui est « Sauver des vies au mépris de la sienne. » Il a choisi, avec bravoure et avec ses valeurs d’humanité.

Sans aucune discussion, cet Homme mérite les honneurs mais pas spécifiquement pour avoir pris la place d’une otage civile. Cette action là est, pour moi, dans la « fiche de poste. » Elle est en tout cas dans l’ADN des gendarmes, inhérente à leur engagement et à leur sens du service.

L’héroïsme d’Arnaud Beltrame est lié à son engagement, il y a presque 20 ans. Il est un héros depuis le jour où il a choisi de consacrer sa vie à la Gendarmerie, pas parce qu’il en est mort. Madame Beltrame, je connais le tourbillon dans lequel la vie vient de vous aspirer (j’avais 27 ans,  mon compagnon 35), étonnamment on en ressort vivante, accrochez-vous.

Je vois des héros partout. Je les côtoie.  Celles et ceux qui choisissent de s’engager pour le  bien commun et l’humain : les gendarmes, les pompiers, les infirmières, les éducateurs spécialisés, les enseignants, les médecins, les policiers, les bénévoles des associations de quartier,  les agriculteurs, les médiateurs, les mamans solos, les aidants.  Tous, sont des héros du quotidien dès lors qu’ils s’engagent.

En plus de « l’hérologie » journalistique (mot inventé qui traduit bien ce que je souhaite exprimer), la médiatrice qui est en moi s’interroge sur les dégâts émotionnels liés à l’angle rédactionnel des chaînes d’info.

Je trouve les trois autres victimes bien mal traitées :

Valeur médiatique « mort des trois victimes » : 0,5 point d’audience (+0,25 point si zoom sur les larmes de la famille…)

Valeur médiatique « mort du  Héros » : 10 points d’audience                

Le besoin de reconnaissance de la douleur des familles et des amis de Jean Mazières, Christian Medves et Hervé Sosna est un besoin essentiel au processus de reconstruction et d’accompagnement à l’apaisement de la colère liée aux morts violentes.

Et d’ailleurs, qui sait si ces trois messieurs n’étaient pas eux aussi, des héros ?

 

Enfin, j’ai une pensée toute particulière pour la grande oubliée de cette terrible journée du 24 mars 2018.

Qu’en est-il de cette victime ? Vous savez cette femme initialement otage qui, aujourd’hui  doit continuer à vivre, alors qu’elle devrait être morte, à la place de notre héros national ?

Allez, bisettes quand même,

Miss utopie

 

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