Avoir raison

En médiation, les êtres plein d’humanité que je reçois sont certains d’avoir, chacun d’eux, sincèrement raison. 

Pourtant l’expression « avoir raison » oppose – de fait – à l’autre et positionne chacun dans son « bon droit », dans sa vérité. 

Peuvent-ils tous « avoir raison » et quand même trouver un accord et/ou se réaccorder dans une co-construction respectueuse de sortie de conflit ? 

C’est tout le challenge de la médiation.

Victor (Hugo) disait « qu’en littérature, le plus sûr moyen d’avoir raison, c’est d’être mort. »

Cette citation sarcastique et à priori pessimiste, m’inspire.

Si Victor nous dit qu’il est nécessaire d’être mort pour avoir raison, par voie de conséquence, nous les vivants, avons-nous forcément tort ?

La question subsidiaire qui, parfois, enrichit mes réflexions nocturnes, est : pourquoi avons-nous besoin d’avoir raison ? 

Pour exposer nos idées jusqu’à les imposer ?

Pour se sentir propriétaire de nos idées ?

Pour prendre le pouvoir sur l’autre ?

Pour prendre le contrôle de l’autre ?

Pour nourrir notre égo ?

Pour nous rassurer ?

Pour se sentir moins seul ?

Nos pensées, nos croyances, nos informations (et nos désinformations), nos expériences, nos lectures évoluent et nos convictions s’affinent, changent…

Ne pensions-nous pas avoir (déjà) raison de porter haut et fort nos idées (personnellement parfois très saugrenues) à 7 ans, 14 ans, 23 ans, 45 ans … 

Avoir raison serait donc subjectif et temporaire ?

Si nous suivons cette logique, comment alors imaginer que nos idées soient les plus justes ? Et que faire désormais des avis et des convictions de l’autre ?

Dans un conflit relationnel, le but de la discussion est souvent de s’affirmer aux dépens de la/sa vérité, d’aboutir à la « victoire ».

Avoir raison tout seul est-il plus épanouissant et/ou risqué que de s’ouvrir aux arguments contradictoires ?

Avoir raison est-il plus important que la relation ou que les conséquences du conflit ?

En médiation, le débat s’ouvre, chacun expose ses convictions, nourrit la pensée, la sienne et celle de l’autre. C’est ainsi que l’ouverture vers l’autre devient possible. Comprendre le point de vue de l’autre n’est pas synonyme d’adhésion mais avec la compréhension de la vérité de l’autre, le compromis devient plus acceptable. C’est ainsi que le conflit s’apaise et laisse la place aux besoins de chacun.

Un débat réussi et épanouissant, ce n’est pas de gagner, c’est trouver un terrain commun.

Le partage de réalité de chacun est la base du débat (et du travail de la médiation).

Bernard (Weber) dit « l’important n’est pas de convaincre mais de donner à réfléchir. »

Un débat qualitatif, c’est admettre qu’on pourrait avoir tort, c’est l’humilité de l’incertitude, l’intelligence du lâcher-prise, la force de l’acceptation de la différence.

Pour Boris (Cyrulnik) « ce n’est pas la méchanceté qui rend une société cruelle, c’est la conviction. »

Etre convaincu d’avoir raison nous pousserait-il à l’abrutissement de nos sociétés, à l’explosion de nos couples, à la fragilisation de nos familles et au mal-être dans nos relations professionnelles ?

Bonne rentrée les utopistes et merci Victor, Bernard et Boris pour vos contributions.

Bisettes, 

Missutopie

Une réflexion sur “Avoir raison

  1. Un bel argument, qui donne à réfléchir pour cette rentrée qui approche à grands pas !!!
    de gros bisous belle amie et à tres vite pour de nouvelles aventures!
    xxxx

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