Médiation et confidentialité

Je suis médiatrice en entreprise et en justice. Mes missions sont hautement confidentielles.

Ma plus jeune fille grandit avec la conviction que je suis un agent secret.

Les pièces du puzzle assemblées par son cerveau créatif pourraient, sans difficulté, prouver cette théorie.

 Je n’ai pas de patron. 

Je n’ai pas d’agenda régulier ou des contraintes horaires fixes.

Je télécharge des codes-barres en guise de billets de train ou d’avion, envoyés par les clients.

Je reçois des notifications numériques avec des dates et des points de rendez-vous. 

Je rejoins, dans des lieux secrets et variés, des « clients mystère » dans des hôtels ou des espaces de co-working.

Je pars en « mission ». 

Ce mot « mission » est, à lui seul, selon elle, une preuve irréfutable de ma double vie, inavouée et inavouable.

Il m’arrive même de partir deux ou trois jours, et de revenir à la maison sans rien pouvoir raconter, ce qui laisse libre cours à son imagination.

Les dossiers, posés sur mon bureau avant d’être classés par date, sont annotés d’initiales et contiennent des schémas avec des mots clés, des flèches, des symboles, de toutes les couleurs. Probablement les plans d’une banque ou d’une ambassade, se dit-elle ?

À moins que ce soit le processus de médiation…

Quand je pars en médiation, j’ai un sac, avec toujours les mêmes accessoires : bouteille d’eau, bougie, allumettes, feutres et une boite de mouchoirs. 

Ces mouchoirs servent-ils à essuyer mes empreintes ou même, l’arme d’un crime, se demande-elle ?

Non, ma fille, ces mouchoirs viennent accueillir les larmes de salariés rongés par le conflit ou avec un fort besoin d’être écoutés, pour se libérer et trouver des solutions d’apaisement.

Les DRH et les DG qui, aujourd’hui, font appel à la médiation ne sont plus à convaincre : réduction des procédures prud’homales, réduction du turn-over et des arrêts de travail, augmentation de la performance, apaisement social… Nous travaillons main dans la main et en toute discrétion, avec comme priorité, le mieux-être des collaborateurs.

Cette obligation de confidentialité amène la question de la communication. Comment démocratiser la médiation si elle reste secrète ? Comment rassurer les DRH et les inciter à faire la promotion de la médiation comme outil de facilitation relationnelle et non comme preuve d’un dysfonctionnement interne ?

Comment, de mon côté, rassurer les nouveaux clients, alors que j’ai fait le choix de taire mes références ?

Reste à savoir si je dois convaincre ma fille que je ne suis pas un agent secret. 

Boris Cyrulnik pense que la réalité de chacun, même éloignée de la vérité, nous aide à construire notre monde et à développer notre « MOI ». Alors sois toi ma fille et je serais ton 007.

Cécile Lapierre alias Miss utopie

3 réflexions sur “Médiation et confidentialité

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s