Avocats et médiations salées

Ce matin-là, je suis en médiation judiciaire ordonnée par un magistrat du conseil des prud’hommes avec d’un côté de la table l’ex salarié, son avocat, et en face les deux co-associés d’une entreprise et leur avocat. 

Comme beaucoup de procédures, c’en est une qui s’enlise depuis plus de trois ans. 

C’est devenu un mille-feuille procédural, chaque étage nourrissant le conflit un peu plus.

J’ai, par choix et comme d’habitude, décidé de ne pas lire une ligne du dossier judiciaire en cours. Les échanges de missives ou devrais-je dire de missiles juridiques ne peuvent que m’encombrer pour exercer mon métier.

L’histoire du conflit judiciaire reflète le paroxysme de leur crise relationnelle d’il y a trois ans. Les raisons pour lesquelles il y a eu, à un instant T, besoin de réparation, de justice, de reconnaissance, de revanche ou même de vengeance.

Trois ans, c’est le temps moyen pour faire le deuil d’une relation, d’une profession, d’un idéal. 

Les parties que je reçois ne sont déjà plus les mêmes que celles accueillies quelques années plus tôt dans le cabinet de l’avocat. 

La présence des avocats en médiation est parfois difficile pour moi alors que je considère qu’ils ont toute leur place et qu’ils représentent un atout fort de « réassurance » et de « sécurité » pour leur client.

Mais pourquoi leur présence rend-elle, parfois,  le processus de médiation plus difficile, plus tendu ?

Est-ce que la place faite aux émotions et aux ressentis en médiation provoque un malaise dans la posture de l’avocat ?

L’humanisation soudaine de la partie adverse renverrait-elle un regret face à la dureté des répliques juridiques jusque-là assumées ? 

Est-ce que la place du médiateur, dans leur affaire, fait naître l’idée d’une perte de contrôle ? L’idée d’un vol de dossier ? D’une justice low cost face à une justice noble, vous savez, la justice de plaidoirie ?

Le lâcher prise nécessaire du contentieux peut-il laisser la place au compromis sans que l’avocat ait le sentiment, légitime, de s’éloigner des missions qui sont les siennes : conseiller, défendre et faire valoir les droits de son client ?

Alors, quand je sors de ce type de médiation, j’ai besoin d’un sas, d’un temps ailleurs, d’une douce fracture.

Ce jour-là, ma cuisine sera à la fois, mon cocoon, mon banc de touche et ma récréation.

Ironie du sort, j’ai deux avocats qui s’abiment dans le frigo. Je décide de les préparer. Le hasard de mon moteur de recherche m’emmène vers une fiche recette qui, en seconde lecture, nous laisserait penser qu’elle pourrait s’adresser, finalement, à tous type d’avocats.

Je vous la partage, un peu personnalisée :

« Bien choisir son avocat »

Choisir un avocat pas trop ferme sans trop de meurtrissures. Laissez de côté les avocats trop mous.

« Comment cuisiner son avocat ? Comment l’assortir ? » 

Evitez la cuisson en robe des champs, ils y perdraient leur peau.

Personnellement, ma préférence va à l’avocat au naturel, dans sa robe noire, avec une pointe de doute, le sel de la raison.

Je vous souhaite une bonne dégustation.

A bientôt.

Miss utopie

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