Eloquence, manipulation et médiation

Vendredi 24 juin dernier, Aix-en-Provence était le théâtre d’un combat de mots, de joutes verbales et posturales, pourtant bien loin de toutes violences conjugales ou syntaxiques.

Ma ville est devenue, pour un soir, l’arène d’un concours d’éloquence. 

L’éloquence est définie ainsi : 

  1. Don de la parole, facilité pour bien s’exprimer.
  2. Art de toucher et de persuader par le discours.

Mais y aurait-il un côté obscur au maniement de cet art ? 

Cette habileté d’expression, cette agilité à haranguer les foules et les esprits pourraient-elles devenir en médiation, un possible danger ?

Parfois, l’enchaînement des mots peut être si confortable à écouter qu’il serait aisé de s’y laisser bercer, voire hypnotiser jusqu’à y adhérer.

Blaise Pascal disait que « l’éloquence est une peinture de la pensée. »

Alors quand l’éloquence devient un art oratoire manipulatoire, comment préserver l’auditoire ? Comment dépeindre le personnage ? Comment garder la tête froide ?

Quand un illusionniste des mots use de son art pour bousculer, heurter, semer le doute et prendre le pouvoir, comment sécuriser l’espace et ne pas rejouer l’histoire ? 

Celui qui sait manier la langue et créer l’adhésion, pourrait aussi nous emporter dans son propos, nous Médiateurs, loin de l’autre, vous savez, celui qui n’a pour réplique que la colère, le silence ou une pauvreté de langage.

Et cet autre, qui lui, ne dit mot ou qui dit mal les mots, consent-il ? 

Sa « non-éloquence », parfois ressentie comme de la maladresse, devient-elle un risque de basculement vers une médiation inégalitaire et instrumentalisée ? 

Pour moi, être « bon » médiateur, c’est être gardien d’un certain équilibre mais c’est aussi être un garde-fou.

C’est avoir la force de s’extraire de la forme du discours et la conjuguer à la finesse de l’analyse des mots prononcés et de la pensée associée. C’est écouter le message du silence, c’est décoder les non-dits et les mal-dits, c’est décrypter les malentendus. C’est tenter de rééquilibrer l’inéquité relationnelle entretenue par la disparité de langage.  

Jean Jaurès disait que « Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots ».

Quand une médiation est le théâtre d’une manipulation, l’espace d’une plaidoirie à charge, un « bon » médiateur doit faire preuve d’humilité en baissant le rideau et laisser sa place à la justice, protectrice des plus fragiles et de ceux qui ne maîtrisent ni la loi, ni le verbe.

Allez, je vous dis à bientôt.

Miss Utopie

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